Après la confiture de rose, what else ?

De source AFP, on apprend qu’Alain Minc, déjà condamné pour contrefaçon partielle de la biographie de Spinoza par Patrick Rödel (voir Plagiats, les coulisses de l’écriture, La Différence, 2007, p. 103-105), vient d’être assigné pour contrefaçon par Pascale Froment, auteur d’une biographie de René Bousquet (Fayard, 2001), qui lui reproche l’emprunt de nombreuses citations dans son dernier livre, L’homme aux deux visages. Jean Moulin, René Bousquet, itinéraires croisés, publié aux éditions Grasset.  L’avocat de la plaignante, Alain Levy, a demandé une audience en référé pour exiger « l’arrêt de la diffusion » du livre ainsi que des dommages et intérêts. Celle-ci est prévue le 20 juin devant la 3e chambre du tribunal correctionnel de Paris.

Affaire intéressante au plus haut point : le juge tiendra-t-il compte du travail original et de la plus value que représente tout le processus de collecte et de mise en perspective effectués par les chercheurs ? ou bien ces données révélées au public au prix d’enquêtes savamment organisées et de patients décryptages ne sont-elles qu’un réservoir libre de droits où chacun puise à volonté, sans demande d’autorisation à leur auteur ?

Plus simplement, la biographe Pascale Froment aura-t-elle laissé quelques coquilles dans sa biographie ou quelque émanation de son imagination, imprudemment reprises par son assigné, pour que l’affaire soit tranchée en sa faveur, sans que la question de la protection du travail de recherche en matière historique soit à nouveau posée sur le fond ? Nous avons déjà traité de cet épineux sujet dans Du plagiat (Gallimard, Folio, 2011, p. 53-58, « un domaine sensible : le travail de documentation ») mais nous reviendrons sur la question de la protection du fait historique dans un prochain article.

Critique, humour et autocritique

La question du plagiat est grave, nous le savons. Pourtant, l’humour est aussi une arme de dissuasion non négligeable : pour preuve cette « Pub antiplagiat » découverte sur You tube, tournée en mode thriller et plutôt drôle, tout en tournant en dérision les plagiaires (« de bonne foi » !). A regarder donc…

Et à lire une critique de Petite enquête sur le plagiaire sans scrupule (Ed. Léo Scheer, 2013), bien ciblée, sur le site Banlieue Immigrée : « Le plagiat a été intériorisé en France. Il fait partie des us et coutumes des élites, aussi courant que l’eau, peu combattu, toléré, il ne porte ombrage à personne (au contraire). »

Vous n’êtes pas convaincus ? Alors, cette autre pub antiplagiat « Le plagiat, faux pas », réalisée par des étudiants de l’ECE…

 

Humour d’un prétendu plagiaire

Souvenir de lecture : Georges-Armand MASSON, journaliste au Canard enchaîné, publia en 1924 un drôle de livre intitulé Georges Armand Masson ou Le parfait plagiaire, une fausse confession de l’auteur facétieux qui commence par une « Préface en Forme d’Histoire » où il raconte comment, pour faire plaisir à son amie Criquette, il se laisse convaincre par son entourage – les ustensiles de cuisine – de plagier pour écrire un livre rapidement, qui le rendra riche.

L’idée lui est suggérée par « les Ciseaux », prompts à déculpabiliser l’auteur scrupuleux : « Eh ! parbleu, le plagiat. Ne prends pas cet air éberlué. Tu crois encore à l’immoralité du plagiat ? » (p. 18).  … « C’est ainsi que je devins plagiaire et composai ce petit livre. »

S’ensuit une série de pastiches qui constituent ce prétendu plagiat. Dans l’un d’entre eux, intitulé « L’idéal » par Maurice Rostand (poète, romancier et dramaturge, fils d’Edmond), Oxo, prince et poète, apprend qu’il est en réalité le fils d’un épicier, Bornibus. Et de condamner ce monde du faux et de l’imposture où on l’a tenu depuis son enfance :

« Oui, s’évader d’un monde où tout est faux…
Ce qu’on vend pour du thon, c’est du requin-marteau…
On imite, on plagie, on contrefait, on triche
Et la pistache même a le goût de pastiche.
La cocose… Ah ! c’est la grande chose, en effet,
Dieu sait de quoi le beurre demain sera fait.
Il n’est pas jusqu’au salsifis qu’on salsifie…
Moi-même…
MAGGIE : Toi ?
OXO : Oui, moi, je mens, je mystifie,
Dans mes vers frauduleux je ne mets pas le poids. » (P.147-148).Masson-Georges-Armand-Georges-Armand-Masson-Ou-Le-Parfait-Plagiaire-Pastiches-De-Maeterlinck-Mme-De-Noailles-P-Morand-Livre-ancien-874468805_ML

Voilà un morceau du plus mauvais goût que pourrait bien reprendre à son compte un plagiaire pour avouer son forfait tout en amusant la galerie… A ajouter à notre inventaire du système de défense du plagiaire (voir la troisième partie de la Petite enquête sur le plagiaire sans scrupule).

C’est en Touraine

Un dimanche, en Touraine, le plagiat est au cœur de l’actualité avec la page « Grand témoin » de la Nouvelle République, présentée par Caroline Devos. Je me devais de rappeler dans cet entretien le combat de Balzac pour le droit d’auteur :

balzac
« Balzac lui-même se plaignait beaucoup de ce que ses œuvres faisaient l’objet de contrefaçons à bas prix. Il avait d’ailleurs écrit un code de la propriété littéraire qu’il avait distribué aux députés dans le but de lutter contre ce fléau.« 

 

Un entretien hors polémique

L’entretien avec Alain Nicolas, journaliste à l’Humanité, avait eu lieu en février, dans une période de calme relatif, sans la pression qu’occasionne toujours un nouveau scandale de plagiat. Le voici donc publié dans l’édition des 19, 20 et 21 avril dans la double page centrale. On peut aussi le retrouver sur Humanité.fr, et le faire suivre…