Après le « plagiat psychique », une nouvelle accusation de plagiat marque la rentrée littéraire.

Ce qui m’est toujours apparu comme un sujet crucial d’interrogation sur le processus de création littéraire (imitation, influence des modèles, réécriture, pastiche…), relève désormais du fait divers dans l’actualité littéraire et, finalement, du drame psychologique plus que de l’analyse textuelle.

Si l’on y regarde d’un peu plus près, on se rend compte que les deux présumées plagiées, Camille Laurens et Alina Reyes (Aline Nardone de son vrai nom) se gardent bien de construire une démonstration méthodique qui mettrait en évidence les points communs entre les deux romans en question. Dans les deux cas, rien ne précis sur la composition, sur la progression narrative ; rien non plus de vraiment étayé sur les caractéristiques psychologiques des personnages principaux, sur leur fonction narrative, sur les rapports qu’ils entretiennent avec les personnages secondaires ; peu de choses en fait sur des scènes caractérisques originales, trop peu en tout cas pour emporter notre conviction. A chaque fois, la promesse de preuve déçoit par la nature partielle ou allusive des citations censées prouver le plagiat. Quant à l’expression, sont mises en parallèles des bribes de phrases coupées sans indication du contexte. Il faurait à chaque fois vérifier l’ampleur des coupures, l’origine des citations, vérifier d’éventuelles sources communes, puisqu’il est question, entre autres, dans l’affaire Haenel/Reyes d’une référence commune à « Moby Dick »…

Certes, on peut à partir de là imaginer le pire et le doute s’impose, le trouble même, tant le ton des accusations est violent, douloureux même. On voudrait spontanément compatir sur le sort de ces victimes du plagiat. Puis on se reprend, on s’impose un peu de recul : qui des deux est la victime ? Car de telles accusations de plagiat, fondées davantage sur des déclarations passionnelles que sur des argumentations méthodiques, consternent : et si c’était pure affabulation, expression sincère de cette paranoia bien connue du plagiat ? Qui, de l’accusateur ou de l’accusé, est la véritable victime ? J’espère bien avoir suffisamment montré, dans mes deux ouvrages précédents, que tout ce travail d’analyse comparative mérite beaucoup plus des déclarations passionnées, respectables en soi parce qu’elles sont le symptôme d’une souffrance mais totalement insuffisantes pour prétendre ruiner la légitimité d’un auteur. Chacun doit pouvoir juger librement du fond de l’affaire à partir de données fiables, complètes et facilement vérifiables.

Or, que ce soit dans la Revue littéraire où s’exprime Camille Laurens ou dans le blog d’Alina Reyes, c’est un flot de propos fielleux qui tient lieu de démonstration. Reste donc, pour apprécier objectivement la nature des éventuels emprunts faits par Marie Darrieussecq et Yannick Heanel à prendre la peine d’une véritable analyse textuelle comparative… Il aurait d’ailleurs mieux valu commencer par là…