Suite de l’affaire Haenel/Reyes

Les accusations de plagiat à l’encontre de Yannick Haenel et de son roman « Cercle » alimentent depuis plusieurs mois le blog d’Alina Reyes, elle-même auteur de plusieurs romans dont « Forêt profonde » qu’elle estime pillé par le lauréat du prix décembre 2007. Dans son blog amainsnues, elle annonce cette fois-ci qu’elle porte l’affaire devant les tribunaux. L’analyse comparative des deux oeuvres qu’elle donne est beaucoup plus structurée, et du même coup beaucoup plus lisible et troublante que ce que nous avions pu lire précédemment dans ce même blog (voir notre actualité octobre 2007). Cela ne fait aucun doute que les deux auteurs sont imprégnés du même univers imaginaire, d’où les mêmes thématiques et certaines images récurrentes. Après tout, on peut admettre que des écrivains de la même époque, baignant dans un même contexte culturel, puissent se retrouver sur des trames ou des thèmes proches. Il faut lire cependant la liste étonnante des « autres thèmes repris sous une forme très proche ou proche de la formule originale » pour constater la présence dans les deux textes d’images et d’expressions qui peuvent paraître tout à fait personnelles et originales. Au lecteur donc de se faire son idée, en attendant l’appréciation du juge…

La Fête du Livre de Bron

La Fête du Livre de Bron est chaque année de plus en plus rayonnante et ambitieuse. Le programme valorise nettement des ouvrages de très bon aloi, ceux que je qualifie de « littérature authentique » ! Lors de la journée dite « professionnelle », s’adressant plus particulièrement aux professionnels du livre, bibliothécaires et documentalistes, Nicole Caligaris et Franz Bartelt ont témoigné de l’authenticité de leur démarche créatrice, de leurs lectures à l’écriture.

C’était effectivement le thème retenu cette année, pour ma plus grande joie, comme vous pouvez l’imaginer : « Dans les coulisses de l’écriture ». Le matin était donc consacré à ces deux écrivains, lors d’un débat animé par Thierry Guichard, de la revue littéraire le Matricule des anges, et enrichi des commentaires de Martine Laval, critique littéraire à Téléréma, dont l’indépendance d’esprit fait l’originalité de ses critiques.

L’après-midi m’a permis, grâce aux questions du même Thierry Guichard, de partager avec le public les multiples interrogations sur l’influence et le plagiat. Le sujet, tentaculaire, a permis d’évoquer les fameuses « affaires » d’actualité touchant Henri Troyat, Irène Frain, Alain Minc… Mais les questions sur l’efficacité des logiciels de détection de plagiat m’ont aussi permis d’insister à la fois sur leur utilité, surtout dans les universités où les plagiats posent de plus en plus la question de la valeur des diplômes, et en même temps la nécessité de ne pas s’en tenir là : la contextualisation de l’emprunt, même littéral, ne peut pas, pour le moment du moins, être prise en compte par l’analyse textuelle informatisée : que dira l’ordinateur face à un pastiche ? Il y a grand risque qu’il y voie du plagiat, alors même que la prouesse du pasticheur consiste à imiter avec subtilité les procédés de style d’un hypotexte et d’en reprendre les dominantes thématiques, quitte à en détourner le sens. Tous ces débats méritent à chaque fois nuances et précisions dans les réponses. C’est bien sûr ce que à quoi je me suis attelée dans Plagiats, les coulisses de l’écriture.