Le procès sur la suite des Misérables de Victor Hugo

Nous sommes rassurés, au nom de la liberté de création : les héritiers de Victor Hugo avaient porté plainte contre François Cérésa et les Editions Plon pour atteinte au droit moral lors de la publication en 2001 de Cosette et de Marius. Vendredi 19 décembre, la cour d’appel de Paris a finalement autorisé cette suite des Misérables, condamnant Pierre Hugo, arrière-arrière-petit-fils du romancier, à payer 10 000 € de dommages et intérêts.

Nous avions longuement commenté cette affaire dans Plagiats, les coulisses de l’écriture (La Différence, 2007, p. 46 à 59) en nous inquiétant de l’issue de ce procès à rebondissements. Quelle que soit en effet la qualité littéraire de cette suite, la question était de savoir si le genre même de la suite littéraire pouvait être remis en cause au nom du droit au respect de l’oeuvre. Compte tenu de la popularité du chef d’oeuvre de Hugo et de la nature mythique des personnages qu’il avait créés, il nous semblait qu’un tel interdit porterait atteinte à la liberté de création. Tant de Don Juan, tant de d’Artagnan allographes ont perpétué le souvenir de personnages auxquels les lecteurs insatiables sont restés profondément attachés, au point de vouloir leur offrir de nouvelles destinées dans des continuations.

Pour mémoire : le 22 septembre 2001, le TGI de Paris avait d’abord donné raison à F. Cérésa et aux Ed. Plon ; puis la cour d’appel de Paris avait rendu le 31 mars 2004 un arrêt favorable à Pierre Hugo ; cet arrêt avait été cassé le 30 janvier 2007 par la cour de cassation, en faveur de Plon et de son auteur : « La liberté de création s’oppose à ce que l’auteur de l’oeuvre ou ses héritiers interdisent qu’une suite lui soit donnée à l’expiration du monopole d’exploitation dont ils ont bénéficiés. » Enfin, le renvoi en appel a de nouveau confirmé l’arrêt de la cour de cassation ce 19 décembre 2008. Sept ans de procédure… pour mettre fin à une conception figée de la littérature !