Le plagiaire comme personnage de roman…

A partir d’aujourd’hui, vous pouvez lire un chapitre entier de mon essai Du Plagiat (PUF, 1999). Il s’agit du chapitre 4 « Le plagiaire, un personnage de roman ». J’ai progressivment réuni un corpus d’oeuvres de fiction qui prennent comme thème le plagiat. La collection ne cesse de s’enrichir mais dans ce chapitre j’explique pourquoi le plagiaire est un personnage qui inspire les romanciers et les auteurs de fictions en général. A travers ces êtres fictifs, l’auteur exprime sa propre hantise du plagiat. Cette part de lui-même, non avouée, apparaît ainsi de manière biaisée, dans des oeuvres un peu marginales, tant le sujet semble terriblement tabou… Le meilleur exemple est sans soute le superbe roman de Henri Troyat, Le mort saisit le vif (Plon, 1942) qui précède de plusieurs décennies la condamnation du même auteur pour contrefaçon !

Au fil de mes lectures, une découverte : Guy Davenport et l’art du collage

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Dans The Cardiff Team, Ten stories, recueil de nouvelles publié à New York aux Editions New Directions en 1996, Davenport indique quelques sources de ses nouvelles à la fin du recueil, sans toutes les donner ! Surtout, une des nouvelles « Home » n’est qu’une longue citation -sans guillemets- reprenant avec exactitude cinq pages de Robinson Crusoë. Seul le titre est une création originale de Davenport… Qu’est-ce qui fait donc l’originalité d’un collage comme celui-ci, commposé d’une unique source? Le simple choix de la source, la délimitation de la citation et son recopiage sous le titre « Home » qui incite le lecteur à repenser l’extrait de Defoe par rapport à la notion, ainsi mise en valeur, de chez soi. Le chez soi, l’endroit où l’on se sent à soi dans les limites fixées d’un territoire choisi et bien identifié s’offre ainsi à la réflexion, dans le contexte nouveau d’un extrait devenu oeuvre à soi seule.

Accuser Davenport de plagiat relèverait du contresens total : quel lecteur complice ne reconnaîtra pas le texte source, en dépit de l’absence de guillements ?

La longueur de la citation, l’absence de démarquage qui laisse intact l’hypotexte, disent clairement qu’il ne s’agit pas d’un larcin mais d’une réécriture par simple recopiage d’un texte célébrissime, sans cesse relu, réinterprété et reinventé par un mode de réception renouvelé.
Cette nouvelle rappelle inévitablement celle de Borges et Bioy Casares intitulée « Catalogue et analyse des divers ouvrages de Loomis » dans le recueil Chroniques de Bustos Domecq. Ce qui fait l’originalité des oeuvres de Federico Juan Carlos Loomis, c’est qu’elles concordent exactement avec leur titre : « Chez Loomis, le titre, c’est l’oeuvre. Le lecteur constate émerveillé la coïncidence rigoureuse entre de ces deux éléments. Le texte de Paillasse,par exemple, consiste uniquement en ces mots : Paillasse. » (Denoël, « le livre de poche », roman traduit de l’espagnol par Françoise-Marie Rosset, p. 57).
Chez Davenport, le rapport du titre inventé avec l’oeuvre recopiée laisse tout de même beaucoup à penser… Il s’agit encore d’une autre aventure de réécriture !

L’ALMIRAPHEL, réécriture créative

Les interrogations sur les phénomènes de réécrituree serviles ou créatives sont quelquefois biaisées par la mauvaise foi : la confusion volontaire entre démarquage et r-écriture personnelle ont pu donner lieu à des apologies du plagiat sur lesquelles je ne préfère pas revenir aujourd’d’hui. Aujourd’hui, je préfère rendre hommage -et faire connaître ?- à un véritable ouvrage de création littéraire, sorte de centon ou de collage -on pourrait consacrer un article à la distinction entre ces deux genres célèbres- composé uniquement de citations, mais dont le choix et la disposition relèvent d’une authentique reflexion sur les mystères de la communivation, sur les vertus du langage, et ses limites. Il s’agit de l’ALMIRAPHEL de Gianfranco della Schiavetta et Zélia Zagghi, publié ou non sous ses différentes formes entre 1920 et 2005. Le déploiement à l’infini d’hypertextes aboutit à une oeuvre forte, cohérente et troublante… Les premières versions de l’oeuvre sont une anthologie surprenante de citations asémantiques et l’on découvre, ahuri, que les écrivains, des plus obscurs aux plus célèbres, ont nourri leurs textes de langues totalement inventées, incompréhensibles -pourquoi ? si ce n’est pour mimer de manière explicite notre quête perpétuelle de l’original, du dire vrai ? Un site www.raphel.net est enfin dédié à cette oeuvre mouvante qui offre à la fois le texte, l’hypertexte et le paratexte de notes de bas de page grâce auxquelles le lecteur a la possibilité de se faire créateur, en proposant sa propre traduction de ce texte babélique. L’ALMIRAPHEL exige sans doute quelques éclaircissements préliminaires. Un article de la revue Formules n° 10 (pages 213 à 259), écrit par Bernardo et Angelo Schiavetta, vous explique les tenants et les aboutissants. Et on se rend compte que si ces aventures textuelles donnent le vertige, c’est qu’elles émanent d’esprits vertigineux…

J’aimais bien Pierre Perret…

Franchement, quand l’affaire est sortie le 29 janvier 2009 dans le Nouvel Observateur, on pouvait espérer qu’elle en resterait là, comme une sorte de mauvais souvenir : le chanteur du « zizi » accusé d’avoir inventé sa relation privilégiée avec l’écrivain Paul Léautaud et même soupçonné d’avoir plagié Brassens et quelques autres… Un droit de réponse lui avait permis de plaider sa cause le 12 février dans le même journal. Mais aujourd’hui, on apprend que notre drôle de chanteur porte plainte pour « injures publiques et diffamation » devant le TGI de Paris. Je regrette une fois de plus -et je parle malheureusement en connaissnce de cause !- que ce genre de débat soit porté devant un tribunal, avec une issue bien aléatoire, tant ce genre d’affaire nécessite une enquête patiente et sereine qui relève plus de la critique littéraire -si, si…- et biographique. En attendant le verdict d’un procès qui va inévitablement cristalliser les haines, voici un assez bon résumé de l’affaire sur le site 20 minutes.fr. Et si l’affaire vous titille, prenez dans une main votre Perret, dans l’autre votre Brassens, et dîtes-moi lequel pèse le plus lourd dans la balance, à l’aune de la postérité littéraire. J’ai fait mon choix ! Dommage, j’aimais bien Pierre Perret…

Le Moyen-Orient fait sa chasse au plagiaires

Badr el-Koweit (pseudonyme), créateur du site « Pilleurs de mots », a décidé, avec bien du courage, de dénoncer les pratiques de plagiat qui, selon lui, nuisent au travail des authentiques créateurs. Au début, il a « créé ce site pour dénoncer l’un des journalistes les plus connus au Koweït qui reprenait dans sa chronique quotidienne des articles volés ici et là. » Des exemples flagrants de caricatures, de photos ou d’articles montrent l’ampleur du problème. En allant directement sur le site « pilleurs de mots », vous pourrez juger par vous-mêmes …