Ma conviction

Une déontologie s’impose dans le domaine de la création littéraire aussi bien que dans celui de la recherche universitaire, plus encore marquée par la nécessité de jouer la transparence des sources. Tout travail d’écriture, en effet, s’ancre nécessairement dans les œuvres des prédécesseurs. Peut-on imaginer qu’une biographie de personnage célèbre ou qu’un essai historique fasse l’impasse sur les découvertes et les analyses antérieures ? Ce serait priver le lecteur de tout l’apport des recherches précédentes et revenir indéfiniment à une sorte de table rase, à une ignorance des différentes strates de l’édifice humain des connaissances. La créativité et l’innovation attendues du chercheur, autant que de l’écrivain, prospèrent sur des terres fertiles, déjà ensemencées.

Il est donc de l’intérêt de la communauté universitaire, et même de la société civile, de mettre en valeur le patrimoine scientifique et littéraire en précisant les sources et la nature des emprunts. La dynamique collective où chacun sait rendre hommage à l’autre favorise le partage des connaissances et la reconnaissance de la contribution individuelle. La dimension personnelle d’un ouvrage s’évalue en effet à la capacité d’assimiler dans les œuvres du passé ce qui permet d’élaborer dans les œuvres à venir de nouvelles créations. A partir d’un matériau déjà disponible, l’auteur procède à des analyses inédites, qui répondent à une démarche et à une vision personnelles susceptibles d’éclairer sous un jour différent les données antérieures. A ceux qui qualifient de flicage ce qui relève d’un simple appel au respect d’une déontologie en matière de recherche et de création.

Renforcer la crédibilité de l’institution universitaire en matière de qualité des diplômes

Le colloque organisé à l’Université Paris 2 Assas par Gilles Guglielmi et Geneviève Koubi, tous deux professeurs de droit public, va être à ce titre novateur et marquera une étape décisive contre le non-dit, la censure et, pire, l’autocensure imposée, implicitement ou non, aux victimes de plagiat dans le domaine de la recherche universitaire. Le 20 et 21 octobre prochains, à Paris, les différents intervenants adopteront une démarche interdisciplinaire pour affirmer une volonté de ne plus considérer cette fraude comme un mal nécessaire. La communauté scientifique doit pouvoir enfin prouver qu’en matière de plagiat la preuve par la démonstration est possible et les compromissions nuisibles au progrès de la recherche : « Les conséquences des plagiats dans les rapports sociaux et politiques rendent
nécessaire une intellection de leurs contours en toutes disciplines. Le colloque a pour objectif de présenter quelques pistes afin de préciser les éléments de définition du plagiat scientifique ou du plagiat des travaux de recherche, d’approfondir les moyens de le caractériser et, enfin, de construire les principes d’une réponse consensuelle qui pourrait y être donnée, en associant les acteurs impliqués : plagiés, institutions académiques, éditeurs, communauté scientifique. » Nous vous préciserons bientôt le lieu de ce prestigieux colloque ouvert à tous.

Une sculpture et un montage photographique pour illustrer le thème du plagiat

Comment l’art voit le plagiat : dédoublement, démultiplication, exhibition, censure. L’installation de Giulio Paolini exposée au Musée des Beaux-Arts de Nantes s’intitule « Mimesi » ; elle illustre de manière originale le propos sur le plagiat (Gallimard, Folio, 2011) en évoquant à la fois le double, mais aussi la mutilation, l’impuissance… encore que les organes reproducteurs soient parfaitement préservés ! A partir de la sculpture, le montage photographique proposé parTélérama dans sa rubrique « Rayon poche » crée une nouvelle oeuvre d’art sur le même thème, en jouant à son tour sur la répétition et la prolifération à l’infini. Du coup, se demande-t-on, la répétition est-elle réduite à la redite stérile ou la réinvention originale ? A méditer… sans oublier d’écouter les deux minutes de commentaire de Christine Ferniot sur Du plagiat !