plagiats tous azimuts

L’actualité sur le plagiat est dense en ce moment. Du bon, du moins bon…

– Côté université, la CP-CNU (Commission Permanente du Conseil des Universités) fait un pas très timide – mais quand même – avec ce communiqué visant à alerter les membres du CNU sur une pratique qui fausse l’évaluation des enseignants-chercheurs :
«  Les membres du bureau et du comité consultatif de la CP-CNU, réunis le 14 décembre 2012, sont  préoccupés par le phénomène de plagiat dans les publications scientifiques. Ils demandent aux membres des sections CNU d’exercer toute leur vigilance dans l’expertise des dossiers de demande de qualification. »
On attend que concrètement certains auteurs de plagiats clairement établis ne siègent donc plus au CNU (voir notre article du 24 janvier « Plagiat et vide juridique ») ! Logique, non ?

Certains universitaires continuent donc de se mobiliser pour apporter des solutions, diffuser des témoignages, analyser le phénomène (voir l’article « épidémiologie universitaire ») et aider les plagiés dans leurs démarches. Michelle Bergadaa vient d’envoyer sa nouvelle lettre (n° 49) à tous les abonnés de « Fraude et déontologie », riche d’informations et de compte rendus d’échanges avec les internautes. Il est aisé de s’inscrire à la newsletter pour apporter sa propre contribution ou recueillir une multitude de points de vue pertinents sur la question.

– De l’autre côté de la frontière, le tabou n’existe plus et les plus hauts placés, sensés donner l’exemple, sont sanctionnés à la hauteur du forfait. Il s’agit de l’Allemagne où une nouvelle affaire de plagiat donne lieu à l’annulation de la thèse, alors même qu’il s’agit de la Ministre de l’Education, Annette Schavan, amie de la Chancelière. La démission n’est peut-être pas loin ; le « Baron de Guttenberg », Ministre de la défense, y avait été poussé, malgré ses protestations d’innocence rendues rapidement peu crédibles. On voit la différence avec nos pratiques françaises où la complaisance est de mise.

La Dame du Palatin au palais de justice

9782259210270Le système de défense de Patrick de Carolis, assigné pour contrefaçon par Laurence Grimal, n’est sans doute pas au point. Le jeudi 31 janvier, au tribunal de grande instance de Paris, pour se justifier des ressemblances entre son roman, La Dame du Palatin (Plon, 2011), et de nombreux ouvrages du grand Pierre Grimal auquel plusieurs générations d’étudiants doivent leur passion pour la Rome antique, il déclare avoir puisé à la source, tel un rat de bibliothèque, toutes les informations qu’on lui reproche d’avoir pris dans les ouvrages très documentés du Maître de la Sorbonne, le Professeur Grimal, décédé en 1996.

Ancien Président de France télévisions et accaparé, on l’imagine, par un agenda serré et prestigieux, Patrick de Carolis aurait pu, par un don de surpuissance besogneuse, lire, digérer et restituer à bon escient des publications très spécialisées, quelquefois difficiles d’accès, conservées dans des bibliothèques d’où elles ne sortent que sous la surveillance inquiète d’une bibliothécaire.

La Petite enquête du plagiaire sans scrupule est sortie trop tard en librairie (janvier 2013 aux éditions Léo Scheer) pour que le défenseur ait pu y puiser des arguments plus efficaces pour sa défense : invoquer les pulsions mal contrôlées, la faute à l’éditeur (qui a bon dos quelquefois), le désir du pardon et de la repentance, l’admiration excessive pour le modèle plagié… Bref, qui croira à l’argument du « j’ai tout lu, tout écrit tout seul » ? Un tel plaidoyer a, dans le passé, déjà entraîné plusieurs condamnations : voir Du plagiat, chap. « La pratique du plagiat aujourd’hui », et en particulier page 97-101 « Années 2000 : le plagiat partout ! ».