Lire, écrire, récrire, réécrire : la santé par les livres

Quand le livre dit ce qu’on n’aurait pu mieux formuler soi-même, quand on trouve en l’autre l’écho de sa propre voix, ah ! quel bonheur : « Tant que la lecture est pour nous l’initiatrice dont les clefs magiques nous ouvrent au fond de nous-même la porte des demeures où nous n’aurions pas su pénétrer, son rôle dans notre vie est salutaire. »

Ou pas !

Proust d’ajouter :

« Il devient dangereux au contraire quand, au lieu de nous éveiller à la vie personnelle de l’esprit, la lecture tend à se substituer à elle (…) et que nous n’avons qu’à prendre la peine d’atteindre sur les rayons des bibliothèques et de déguster ensuite passivement dans un parfait repos de corps et d’esprit. »

Lorsque dans son récent ouvrage intitulé Les Livres prennent soin de nous (Actes Sud), Régine Detambel prône une « bibliothérapie créative », n’est-elle pas sous le charme d’une lecture par trop passive d’autres ouvrages, ceux, en l’occurrence, de Michèle Petit qui publie depuis le début des années 2000 des livres sur les bienfaits du livre : Éloge de la lecture, la construction de soi, L’Art de lire ou comment résister à l’adversité.

Actes Sud doit faire les frais de cette dégustation livresque mal contrôlée : mise au pilon de l’édition contrefaisante, édition d’une nouvelle version avec suppression des passages incriminés (voir les exemples dans le Télérama du 11 juillet 2015) et signalement des extraits empruntés avec indication de la source.

On oublie trop l’horrible danger de la lecture.

De la musique avant toute chose…

Les musiciens aussi ! Qui ne reconnaîtrait-pas la Marche des Chevaliers de Prokofiev dans son ballet Roméo et Juliette ? Les juges du Tribunal de Grande instance de Paris n’ont guère hésité en qualifiant de contrefaçon la musique d’accompagnement des festivités pour l’inauguration de la Tour Burj Khalifa de Dubaï que Mme X avait livrée comme sa propre création et non comme arrangeuse ou auteure d’une variation musicale.

Et vous, qu’en pensez-vous ? Le site Musicologie vous permet d’écouter les deux morceaux à titre de comparaison. C’est l’éditeur Le Chant du monde, titulaire des droits patrimoniaux, et les héritiers de Prokofiev, détenteurs des droits moraux, qui ont assigné la compositrice, condamnée à payer réparations aux plaignants et à annuler la déclaration SACEM de l’œuvre concernée.

le site Resmusica apporte des précisions sur le contexte du procès. « Saisie de ce litige, la SACEM a mobilisé son agent assermenté, M. Maurice Pham, responsable du Service des vérifications, au sein de la Direction de la relation avec les sociétaires.  Sa conclusion est qu’il n’y a pas de ressemblance « caractérisée » entre  les deux œuvres. (…) D’autres experts ont été mobilisés par Madame X, comme le compositeur Guillaume Connesson, lequel n’a trouvé aucun rapport entre l’œuvre incriminée et une quelconque autre œuvre du répertoire classique encore soumise au droit d’auteur. » Et d’ajouter subrepticement : « A la ville, X est l’épouse de Jean-Claude Petit, compositeur, arrangeur, et Président du Conseil d’administration de la SACEM depuis le 18 juin dernier. »

La compositrice a fait appel. Arrêt attendu pour le 25 septembre.