Machines à voler les mots

Beau titre de cet ouvrage collectif publié aux Editions Universitaires de Dijon, sous la direction de Paloma Bravo, Sylvie Laigneau-Fontaire et Giuseppe Sangirardi : Machines à voler les mots. Le rôle des technologies et techniques du langage dans la conception et la pratique du plagiat.

Cet ouvrage est le fruit de la collaboration d’historiens, de linguistes et de théoriciens littéraires s’intéressant à des aires géographiques différentes et allant de l’Antiquité à nos jours : les épigrammatistes néo-latins du cercle lyonnais (1530-1540), le Guzmán apocryphe (Valence, 1602), Don Quichotte, le journalisme espagnol littéraire du XIXe siècle, Antonio Colinas et Lucía Etxebarria… mais aussi le plagiat entre Moyen Age et Renaissance en Italie et en France.

Le plagiat, phénomène avant tout littéraire, est également présent dans des productions discursives de nature politique, religieuse et universitaire : les Stromates de Clément d’Alexandrie ; la Vida del Padre Francisco de Borja (1592) de Pedro Ribadeneyra ; les publicistes espagnols du XVIIe siècle.

 

De réflexions théoriques en analyses de cas, l’ouvrage explore la notion d’auteur, d’une actualité inépuisable. Dans la préface (p. 7), Giuseppe Sangirardi souligne ce paradoxe : 

 » La réduction de la culture à un système de signes fonctionnant selon les mêmes règles, qui était l’horizon épistémologique de la sémiologie, semble aujourd’hui en quelque sorte avérée dans les faits, à travers la conversion digitale des mots, des sons et des images. Une espèce imprévue d’objectivation du modèle sémiologique a eu lieu, qui a entraîné un effet de brouillage de cette image d’Auteur, incarnation des privilèges de l’individu dans l’ordre bourgeois, sur laquelle s’acharnaient les représentants de la nouvelle critique au nom de la conception intertextuelle de l’écriture.

Mais si les pratiques d’écriture et de diffusion actuelles ouvrent des voies de plus en plus larges pour la circulation et l’appropriation aveugle des textes et des mots, la notion ou le fantasme de propriété du langage ne sont pas caduques aujourd’hui. » Ce livre donc, pour preuve.

 

La littérature pour les juristes

Le mercredi 6 décembre 2017 à 17 heures, au Cercle André Tiraqueau de la Faculté de droit de Poitiers, je vous propose une conférence sur l’originalité de l’oeuvre littéraire, question qui taraude autant les littéraires que les juristes. Les critères d’évaluation de l’originalité se heurtent à la subjectivité du juge, c’est bien ce que confirme une jurisprudence fluctuante en matière de contrefaçon. Les outils de la critique littéraire peuvent-ils être mis au service de l’analyse juridique ? On dira, on discutera.

 Rendons-nous au 43, place Charles-de-Gaule, amphithéâtre Rousseau.