Et si Charles Fourier demandait des comptes à Isidore Ducasse ?

« Rien n’est dit. L’on vient trop tôt depuis plus de sept-mille ans qu’il y a des hommes. » On connaît la méthode de Lautréamont, qui consiste à retourner comme un gant les affirmations de ses prédécesseurs : méthode créative qui renouvelle une expression ressassée sous un tour provocateur.

Henri Béhar a eu la bonne idée de rappeler – de découvrir ! – qu’Isidore Ducasse ne faisait ainsi que reprendre la méthode de « l’écart absolu » prônée par Charles Fourier dans La Fausse industrie, morcelée, répugnante, mensongère et son antidote, l’industrie naturelle, combinée, attrayante, véridique… de 1835. Et il faut lire son article tout juste mis en ligne dans les Cahiers Lautréamont et précédemment publié dans la revue Europe de juillet dernier (n° 1010-1011). Henri Béhar précise que l’intention est différente chez les deux hommes : pour l’un, la dérision ; pour l’autre, une nouvelle forme de vérité.

Mais si les deux ressuscitaient, se chamaillaient et se prenaient de suivre l’esprit du temps, le nôtre, celui de la dispute contentieuse ? Et si Fourier assignait Ducasse pour contrefaçon. Que diraient les juges aujourd’hui ?

Ducasse peut continuer à dormir tranquille : il serait heureusement acquitté. Telle est la jurisprudence actuelle, relativement constante sur ce point, ainsi que le rappelle ce jugement récent du tribunal correctionnel de Paris (19-12-2013, page 11) : « Il est de jurisprudence constante que la protection conférée par le droit d’auteur ne peut s’appliquer ni à une technique, ni à une méthode, ni à un procédé, ni à un système, mais seulement à une création de l’esprit. » Souvenons-nous de l’affaire Christo, qui n’avait pu faire interdire par les juges la reprise de la méthode de l’emballage de monuments. Seule est protégée par le droit d’auteur la mise en forme originale d’une idée ou d’une technique.

Resquiescant  in pace !