Alain Minc ou « le poids des circonstances dans la vie d’un homme »

Puisque la thèse d’Alain Minc, dans sa biographie L’Homme aux deux visages : Jean Moulin, René Bousquet, itinéraires croisés (Grasset), consiste à relativiser le rôle des convictions dans le destin d’un individu, pour démontrer que l’essentiel tient dans les circonstances, on pourrait se demander ce qui pousse cet homme-là à renouveler un délit de contrefaçon : une carrière trop bien remplie ? un agenda surchargé ? un carnet d’adresses qui lui donne un sentiment d’impunité ? N’en croyons rien.

Tout est affaire, au contraire, de conviction et je gage qu’à agenda égal un autre individu pourrait tout aussi bien, fort de son libre arbitre, choisir de ne pas abuser d’une position confortable pour piller et rapiner, sous prétexte que le travail de recherche ne serait que besogne et que le travail créateur ne consisterait qu’en un rapiéçage rapide de morceaux choisis.

Si le TGI de Paris a décidé aujourd’hui de condamner Alain Minc pour contrefaçon dans son ordonnance de référé, c’est parce que cet auteur a « manifestement reproduit, en cherchant a minima à modifier les phrases, le plus souvent en résumant des passages et en changeant quelques mots ou expressions (…) les éléments caractéristiques de ces extraits. » Le « poids des circonstances » n’y est pour rien. Quant à Pascale Froment, l’auteure de la biographie contrefaite, biographie de référence sur René Bousquet, elle a agi par conviction, parce qu’elle a voulu défendre un travail de recherche et d’écriture dont elle était convaincue de l’originalité. Les juges l’ont entendue et ont en été convaincus.