Le mal du siècle

Zapping, surfing, copying… Faute de maîtriser des connaissances bien ancrées dans le patrimoine culturel, faute d’avoir vraiment digéré les données du passé pour en retirer des réflexions nouvelles et prendre son essor vers de nouveaux horizons, on s’entiche de quelques éclats de surface qu’on affiche glorieusement. La référence au passé est accessoire, rarement fondée ; loin d’être un tremplin pour aller de l’avant, elle n’est plus qu’une marque de coquetterie pour faire chic, ou pour se rassurer. Le fétichisme du passé apporte un réconfort ponctuel alors qu’il n’est qu’une forme de déni du passé, oublieux des fondations, des stratifications.

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Voilà une des leçons du dernier ouvrage de Régis Debray, Bel âge, à paraître le 10 avril prochain chez Flammarion. Au revers du mal du siècle, le philosophe prône la « dynamique nostalgie » (chapitre III, p. 41), la bonne nostalgie, celle qui nourrit l’homme, porté par un idéal perdu à reconquérir et à construire sur du solide. « Il y a deux mémoires, l’une incommode et l’autre confortable, l’une épique, l’autre stérile ». Bel argument pour nos propres réflexions sur la création littéraire et artistique : on comprendra de quel bord est le créateur, et de quel bord l’auteur servile. Prendre aux prédécesseurs oui, à condition de vraiment les avoir lus et digérés, et pour les porter vers d’autres œuvres : « tout reste à achever et rien, jamais, ne s’achève vraiment. » Pour Régis Debray, tout est donc toujours à réinventer. On est loin du pessimisme de La Bruyère : « Tout est dit depuis plus de… ». Haut les cœurs !