L’ALMIRAPHEL, réécriture créative

Les interrogations sur les phénomènes de réécrituree serviles ou créatives sont quelquefois biaisées par la mauvaise foi : la confusion volontaire entre démarquage et r-écriture personnelle ont pu donner lieu à des apologies du plagiat sur lesquelles je ne préfère pas revenir aujourd’d’hui. Aujourd’hui, je préfère rendre hommage -et faire connaître ?- à un véritable ouvrage de création littéraire, sorte de centon ou de collage -on pourrait consacrer un article à la distinction entre ces deux genres célèbres- composé uniquement de citations, mais dont le choix et la disposition relèvent d’une authentique reflexion sur les mystères de la communivation, sur les vertus du langage, et ses limites. Il s’agit de l’ALMIRAPHEL de Gianfranco della Schiavetta et Zélia Zagghi, publié ou non sous ses différentes formes entre 1920 et 2005. Le déploiement à l’infini d’hypertextes aboutit à une oeuvre forte, cohérente et troublante… Les premières versions de l’oeuvre sont une anthologie surprenante de citations asémantiques et l’on découvre, ahuri, que les écrivains, des plus obscurs aux plus célèbres, ont nourri leurs textes de langues totalement inventées, incompréhensibles -pourquoi ? si ce n’est pour mimer de manière explicite notre quête perpétuelle de l’original, du dire vrai ? Un site www.raphel.net est enfin dédié à cette oeuvre mouvante qui offre à la fois le texte, l’hypertexte et le paratexte de notes de bas de page grâce auxquelles le lecteur a la possibilité de se faire créateur, en proposant sa propre traduction de ce texte babélique. L’ALMIRAPHEL exige sans doute quelques éclaircissements préliminaires. Un article de la revue Formules n° 10 (pages 213 à 259), écrit par Bernardo et Angelo Schiavetta, vous explique les tenants et les aboutissants. Et on se rend compte que si ces aventures textuelles donnent le vertige, c’est qu’elles émanent d’esprits vertigineux…