Alexandre Dumas le conquérant

Dumas
L’actualité cinématographique nous gâte avec le nouveau film de Safy Nebbou, L’autre Dumas. Pour ceux qui l’aurait oublié, le grand Dumas, qui disait « L’homme de génie ne vole pas, il conquiert », a construit son immense empire littéraire grâce à une véritable fabrique – « usine » serait péjoratif…- de romans, où les meilleurs écrivains de son temps ont contribué à la construction d’une oeuvre collective. Car si Dumas n’était pas seul à tenir la plume, Auguste Maquet, son collaborateur le plus fidèle, n’était pas non plus le seul de toute cette armée de plumiers, dont certains ont laissé des chefs d’oeuvre signés de leur propre nom : Théophile Gautier, Gérard de Nerval… et Dumas fils ! La poésie ne nourrit pas toujours son homme et, bien heureusement, l’imagination dumasienne était si féconde que sa seule plume ne suffisait pas à en exprimer tous les éclats. Quelques poètes maudits ne méprisèrent pas cette manne.

Dumas, qui ne regardait pas trop aux moyens de sa réussite et aux exigences de son génie, eut à affronter plusieurs procès pour plagiat, car la délégation d’écriture à des « nègres » pouvait lui paraître lente et contraignante. Il eut donc aussi recours à des collaborations involontaires… Pourtant, dans tous les procès qu’on lui fit, pour plagiat ou privation de droits d’auteur, Dumas gagna comme une sorte de monument inattaquable. Il faut à l’histoire littéraire ses héros. Elle a su tout de suite qu’elle en tenait un avec ce personnage tonitruant dont on disait pour rire : « Il n’a pas le temps de lire les livres qu’il écrit ».

Filons vite voir le film de Safy Nabbou et lire le livre de Bernard Fillaire, Alexandre Dumas et associés (Bartillat, 2002) : le temps presse !