Encore un (gros) effort pour limiter le plagiat universitaire

Le sujet devient vraiment de plus en plus préoccupant, côté étudiants et enseignants, tant les arnaques se multiplient avec des mémoires achetés et des thèses plagiées. Et c’est toujours, du moins en France, un sujet tabou. Autrement dit, l’omerta. Peur de mettre en cause un directeur de recherche qui n’aurait pas été suffisamment exigeant à l’égard de son thésard, ou qui ne l’aurait pas suivi d’assez près pour lui inculquer les bonnes manières en matière de recherche. Peur pour la réputation de l’université, alors qu’au contraire, la valeur des diplômes peut aussi s’apprécier selon la rigueur avec laquelle on les attribue.

J’ai déjà bien milité, dans mon essai Plagiats, les coulisses de l’écriture (Paris, La Différence, 2007), avec un chapitre entièrement consacré au plagiat à l’université ; j’ai même écopé d’un procès pour diffamation et c’est avec un certain soulagement que je vois des collègues prendre le relais pour réhabiliter une déontologie au sein de nos universités. En Suisse, Michelle Bergadaa, oeuvre depuis longtemps, grâce à son site internet, pour dénoncer une certaine complaisance concernant le plagiat universitaire. Elle a publié récemment un rapport sur «La relation éthique-plagiat dans la réalisation des travaux personnels par les étudiants». Cette étude révélatrice est le résultat des analyses de la Commission Ethique-Plagiat mandatée par le Rectorat de l’Université de Genève. Elle est donc soutenue par les institutions dans cette lutte pour une meilleure crédibilité des diplômes universitaires.

Et voilà qu’en France aussi, un téméraire collègue de l’Université Paris 8 a créé un blog « Archéologie du copier-coller » suite à des abus qui l’ont convaincu que le combat n’aurait aucune chance d’aboutir sans qu’une information à grande échelle soit réalisée, au-delà même des murs de son établissement.Jean-Noël Darde, Maître de conférences en Sciences de l’information et de la communication, a donc pris son bâton de pélerin et vient de mettre en ligne pendant ces derniers mois plusieurs articles troublants qui montrent le grand malaise touchant ce sujet encore tabou.

Dans son article de janvier 2010, Jean-Noël Darde insiste sur le fait que si des logiciels de détection de similitudes sont utiles et peuvent dissuader certains étudiants de plagier, il ne s’agit pas pour autant de logiciels anti plagiat et il en fait la démonstration par l’exemple. Ainsi, il faut toujours vérifier toutes les sources indiquées par le logiciel pour, entre autres ,neutraliser des citations tout à fait justifiées, mais que l’outil informatique ne prend pas en compte car il ignore les guillemets ! Inversement, il suffit de faire un copier-coller légèrement retouché pour échapper à la détection informatique, car l’outil ne semble repérer que des segments de 10 mots au moins à la suite…

En revanche, on sera surpris des possibilités qu’offre Google pour faciliter un premier repérage, même dans des cas de plagiat avec transformation du texte sous forme de paraphrases, ou à partir de traduction automatique… Quelques astuces vous sont données dans l’article de décembre 2009 « Le briquet de Darwin ».

Surtout, vous serez assez consternés de lire quelques histoires vraies de plagiat où, contre tout bon sens, s’affirme la réticence de certains universitaires à annuler des diplômes concernant des mémoires contrefaits.

Ce qui ressort de toutes ces réflexions, c’est qu’il ne faut pas compter, pour le moment, sur une solution unique, celle des logiciels existants, pour faire la chasse au plagiat, tant les moyens de contournement sont aisés. L’avenir est tout autant du côté de l’information et de la formation à la méthodologie de la recherche…