Vous avez dit collage ?

Evidemment, il en fallait un en cette rentrée littéraire, le plagiaire de service, et c’est Michel Houellebecq qui sert de cible à une nouvelle accusation de plagiat. Son dernier roman, La Carte et le territoire, a fait, avant même sa sortie en librairie, l’objet d’une attention et d’une convoitise étonnamment fébrile. L’affaire est sortie sur le net, sous la plume virtuelle mais pas moins redoutable de Vincent Glad, journaliste à Slate.fr. L’article intitulé « Houellebecq, la possibilité d’un plagiat » indique scrupuleusement les extraits du roman et ceux du site Wikipedia, du ministère de l’Intérieur et d’un Guide de Châteaux et Hôtels concernés : cinq passages franchement insipides consacrés au pedigree de Frédéric Nihous, président de Chasse, pêche, nature et traditions, à la description de la mouche domestique, de la ville de Beauvais, du métier de commissaire de police et de l’Hôtel Particulier à Arles…

Autant dire que si la lecture de tels passages au fil du roman est plutôt ennuyeuse, la révélation qui nous est faite d’un plagiat est vraiment rassurante : ah ! ce n’est pas du Houellebecq ! Quel soulagement d’apprendre que ce matériau totalement sec n’est que pièce rapportée, petit amusement entre amis internautes, collage à la manière cubiste, privilégiant le bout de papier journal bizarrement accolé à une étiquette dans une savante et somptueuse composition de Braque… Vous me direz qu’il fut une époque où les clins d’oeil entre écrivains et lecteurs se faisaient via des citations cachées de l’Enéide ou de Flaubert. Les Oulipiens, si souvent invoqués pour justifier de bas larcins, savaient y faire et ils s’y connaissaient en matière de réécriture inventive et récréative !

Pourvu que personne en tout cas n’ait l’idée d’encombrer les tribunaux avec cette fausse drôle histoire de plagiat… Car, rappelons-le : pour qu’il y ait contrefaçon, il faut au moins que le texte recopié soit original pour mériter une quelconque protection…