Stephen King rattrapé par son double ?

En 1990, Stephen King avait publié une troublante nouvelle, traduite en français l’année suivante et intitulée « Vue imprenable sur jardin secret » (Minuit 2, J’ai lu). L’histoire était celle d’un écrivain, tellement obsédé par la peur de plagier qu’il s’était imaginé un double de lui-même qui l’accusait de plagiat. L’écrivain torturé par le sentiment de culpabilité finit par se tuer en tirant sur son reflet dans un miroir.

Pourvu que ce drame demeure de la pure fiction car aujourd’hui, on apprend que le grand Stephen King vient d’être assigné pour contrefaçon ! D’après Ron Marquardt, son roman intitulé Keller’s Den publié en 2002 aurait été plagié dans le 68e roman de King, Duma Key, publié en 2008 chez Simon et Schuster.

Dans la plainte (« complaint for Copyright Infringement ») déposée en décembre 2010, figure une énumération impressionnante de ressemblances, une soixantaine, qui portent sur l’intrigue (« plot »), la structure, l’enchaînement d’événements, le décor, les personnages, leurs caractéristiques, leur rôle et leur fonction. A la lecture de la plainte, le nombre des points de contact s’impose, mais aussi leur précision. Par exemple, les deux personnages principaux ont comme caractéristique commune étonnante de peindre des événements et des personnages dont ils ne connaissent pas l’existence mais qui sont bien réls. Ils ont donc tous les deux un don de voyance qu’ils sont incapables de s’expliquer. Le geste même de peindre échappe à leur contrôle, le pinceau chez l’un ou la brosse chez l’autre s’animent spontanément, les deux artistes sont dépassés par leur propre talent qui jaillit, impérativement, indépendamment de leur propre volonté.

Dans les deux romans abondent les morts suspectes et la présence du diable plane. Les squelettes qui hantent les deux romans présentent certaines précisions descriptives en commun. Les deux héros finissent noyés et se transforment en fantômes. Voici du moins ce qui ressort de la lecture de la plainte, entre autres ressemblances éminemment troublantes.

Cependant, on ne peut s’empêcher de remarquer dans les points de contact la rareté des citations communes. Faut-il en déduire que King a reformulé dans une expression personnelle ses emprunts à Marquardt ? Cette précaution suffit-elle pour neutraliser les emprunts ? Il faudrait, pour émettre le moindre jugement, prendre le temps de lire les deux romans et juger sur pièces… ce que la cour du district Nord de Géorgie ne manquera pas de faire. A suivre de près…