L’extrait de la semaine « le portrait du plagiaire »

A la page 354 de Du plagiat en Folio, au chapitre intitulé « l’originalité, entre rupture et continuité », voici un passage consacré à la personnalité du plagiaire, par opposition à celle de l’authentique écrivain :

« L’écrivain est un plagiaire qui a su dominer par sa personnalité, par sa vision personnelle du monde, un territoire étranger, pillé, reconstruit et fondu dans son univers propre. Il subsiste, au contraire, chez le plagiaire, écrivain manqué, une fascination trop forte, écrasante, pour sa victime. Il a su puiser, mais reste incapable de transformer, ou plutôt de sublimer son larcin. Lui fait défaut ce double mouvement, propre à l’acte de création et que décrit encore Julia Kristeva : « Toute séquence est doublement orientée : vers l’acte de la réminiscence (évocation d’une autre écriture) et vers l’acte de sommation (la transformation de cette écriture). »

Le plagiaire suit un itinéraire rectiligne qui le conduit directement de l’autre à lui-même, tandis qu’il oublie, par faiblesse, de se souvenir de son point d’origine et de se retourner, pour mesurer le chemin parcouru. Il demeure figé dans une antériorité qu’il prend pour son propre présent. Il vit dans l’illusion d’avoir accompli ce que l’autre a fait et prétend imposer à la société cette image illusoire de lui-même. L’itinéraire de l’écrivain suit, au contraire, une ligne courbe, revenant indéfiniment sur lui-même. Indéfiniment, même s’il faut une date d’impression ou d’édition pour interrompre, de manière arbitraire et peut-être provisoire, le mouvement du texte, qui est « cet anneau de Möbius où la face interne et la face externe, face signifiante et signifiée, face d’écriture et face de lecture, tournent et s’échangent sans trêve, où l’écriture ne cesse de se lire, où la lecture ne cesse de s’écrire et de s’inscrire » . Belle et juste image de « cet étrange circuit réversible », où le plagiaire ne voit que répétition…

Le plagiaire vit dans une sorte de passivité ou d’idolâtrie par lesquelles la lecture tend à se substituer à sa capacité créatrice. »

A suivre…