TROYAT, Henri, Juliette Drouet, Flammarion, 1997

< POUCHAIN G. et SABOURIN R., Juliette Drouet ou la dépaysée,
Fayard, 1992.

 

Voici quelques emprunts qui, dans un premier temps, n’ont pas été jugés comme des contrefaçons par le tribunal de grande instance de Paris en février 2000. En revanche, ce 19 février 2003, la cour d’appel de Paris a condamné pour contrefaçon Henri Troyat qui d’abord se pourvoit en cassation puis renonce .

 

TROYAT, Henri, Juliette Drouet
POUCHAIN G. et SABOURIN R., Juliette Drouet ou la dépaysée
Elle entend, tout près d’elle, un assourdissant éclat de rire (…), elle découvre son confesseur habituel (…). Il ne l’a pas vue et s’en va (…). Tandis qu’elle s’apprête à partir, elle se heurte à sa tante Françoise, qui(…) la menace des foudres de l’Eglise.
Elle entend tout près d’elle un spectateur qui rit  » à gorge déployée  » : c’est son confesseur ! Il s’en va sans l’avoir vue, mais,  » au même moment, ajoute-t-elle, ma tante arrive et me prédit toutes les foudres de l’Eglise « .  » Mais, ma tante, mon confesseur aussi vient à Bobèche : il était là tout à l’heure… « 

 

Le juge d’instance avait estimé que les quelques emprunts étaient  » d’un apport non essentiel à l’ouvrage d’Henri Troyat « . Après avoir échappé à la condamnation pour contrefaçon lors d’un jugement rendu par le tribunal de grande instance de Paris le 9 février 2000, Henri Troyat fut finalement condamné en appel le 19 février 2003.
Gérard Pouchain et Robert Sabourin, les plaignants auteurs de la biographie de Juliette Drouet ou la dépaysée publiée chez Fayard en 1992 avaient d’abord été déboutés de leur plainte pour contrefaçon lors du premier jugement et ils avaient dû payer 2 300 euros à Henri Troyat et 1 500 euros à son éditeur Flammarion. Mais ils ne se découragèrent pas devant le doyen des académiciens, lauréat du prix Goncourt en 1938 et auteur d’une centaine d’ouvrages dont de nombreuses suites romanesques, des biographies de tsars et d’écrivains russes ; ils se décidèrent à faire appel. Les deux chercheurs voulaient à tout prix faire reconnaître que la biographie accrocheuse de la maîtresse de Victor Hugo, Juliette Drouet, publiée cinq ans après la leur, n’était qu’un piratage de leur propre travail : « Cinq années pour dépouiller notamment 17 000 lettres à la Bibliothèque nationale, dont plusieurs inédites, et mettre en fiches 70 000 journaux d’époque » . La mauvaise foi du plagiaire fut même une circonstance aggravante selon G. Pouchain : « Il ne s’agit pas d’un plagiat habituel, mais d’un travail de couture, d’un jeu qui consiste à brouiller les pistes. On pourrait en faire une grammaire du plagiat. Tout y est : synonymie traditionnelle, changement d’énonciation, mimétisme, chiasmes… Il a mis son stylo dans le mouvement de nos lettres. »
Contre toute attente, le colosse de la littérature s’effondre devant la cour d’appel qui ordonna le retrait de la vente de son ouvrage (150 € par infraction constatée), interdit de poursuivre sa fabrication, son exploitation et sa commercialisation, le condamna à 30 000 € de dommages et intérêts –préjudice économique-, à 15 000 € de dommages et intérêts –atteinte au droit moral-, à 7 000 € au titre de l’article 700 du nouveau Code de procédure civile et autorisa les plagiés à insérer le jugement dans trois journaux, chaque insertion ne devant pas excéder 3 000 €.
Après l’injustice, c’était donc la victoire pour les deux chercheurs et, pour le plagiaire, la renonciation : H. Troyat qui avait déposé peu de temps après sa condamnation un pourvoi en cassation, se désista la veille, le 28 octobre 2004, de l’examen en pourvoi. (Voir la suite du commentaire dans« Plagiats, les Coulisses de l’écriture », pages 97 à 103).