MINC, Alain, Spinoza, un roman juif, Gallimard, 1999

< RODEL, Patrick, Spinoza, le masque de la sagesse, Climats, 1997.

 

Alain Minc, qui déclare ouvertement son admiration pour le travail de Patrick Rödel, se laisse tout de même aller à quelques emprunts suspects dans sa biographie de Spinoza. Ainsi, la recette d’une confiture de roses, librement imaginée par Rödel et censée guérir Spinoza, est reprise par Minc à son propre compte et avec sérieux…

Un autre exemple d’admiration mal contrôlée pour sa source :

MINC, Alain, Spinoza, un roman juif
RODEL, Patrick, Spinoza, le masque de la sagesse
Vêtu d’une simple chemise blanche, un filet aux mailles ruisselantes sur l’épaule, la peau sombre, il n’est qu’un Méditerranéen comme un autre.
Il porte une simple chemise blanche qui doit faire ressortir, on le suppose, le hâle de sa peau et, sur l’épaule droite, jeté avec désinvolture, le filet aux mailles épaisses encore ruisselant d’eau (…). Ce type est sans conteste méditerranéen.

 

Les pages 103 à 105 de Plagiats, les coulisses de l’écriture (Ed. La Différence, 2007) expliquent l’enjeu de cette affaire pour le plagié et son éditeur. Extrait :

« Le jugement de première instance conclut d’emblée à la contrefaçon. Patrick Rödel, professeur de philosophie à Bordeaux, avait publié en 1997 aux Ed. Climats Spinoza, le masque de la sagesse, biographie imaginaire, une sorte de « dérive imaginaire à partir des traces que la tradition nous a laissées et des textes de Spinoza qui, pourtant, s’y prêtent peu. » Le plagiaire aurait dû lire plus attentivement ce passage de la quatrième de couverture ! En effet, la biographie de Spinoza que proposa Alain Minc deux ans plus tard chez Gallimard, sous le titre Spinoza, un roman juif, ne devait être qu’un « pillage méthodique » du précédent ouvrage. Le plagiaire, « ou son équipe » comme le suggère le jugement du tribunal, prit pour des faits historiques reconnus ce qui sortait directement de l’imagination de Rödel. La contrefaçon fut donc aisé à démontrer : « Nul avant Patrick Rödel ne raconte avec les détails et termes qui lui sont propres, précisément repris par Alain Minc, les circonstances du suicide d’Uriel da Costa (…), la nostalgie éprouvée par Spinoza du rituel religieux dont il s’est égaré (…), le désordre de l’établi de Spinoza et l’exécution de son travail de fabricant de lentilles optiques (…), la lettre de Bouwmeester donnant à Spinoza la recette de la confiture de roses rouges, cette lettre étant fictive et servilement reproduite dans l’ouvrage de Alain Minc ». « Question de confiote », ironise le Canard enchaîné… Cette confiture quelque peu farfelue, sensée contenir les diarrhées Spinoza, a peut-être guéri Alain Minc de ses manies de plagiaire ! On rit moins pour l’éditeur, condamné lui aussi : « Cette responsabilité pèse également sur la société Editions Gallimard, qui en tant que professionnel averti de l’édition, ne pouvait manquer, sinon de vérifier, du moins de s’inquiéter auprès de son auteur de l’importance des emprunts faits, sans guillemets (…), et ce, alors même qu’en introduction dudit ouvrage, Alain Minc, connu comme économiste, ne se pose nullement en philosophe spécialiste de Spinoza dont il entend cependant faire la biographie » (TGI de Paris, 28 novembre 2001).