Pozzi et Valéry, huit années d’écriture à deux têtes

“De l’ovaire à l’Absolu”. Tel est le titre que Catherine Pozzi (1882-1934) inscrivit dans ses premiers carnets, comme pour témoigner de la dimension à la fois charnelle et spirituelle qu’elle entendait donner au journal qu’elle allait tenir plus de quarante années durant. Loin de se contenter d’y consigner ses faits et gestes, qui sont ceux de la vie d’une femme de lettres de son époque évoluant dans l’ombre des écrivains en vue, elle y dévoile dans toute son intensité la vie intérieure d’une personnalité hors du commun, celle d’une femme rebelle, orgueilleuse et déterminée en lutte contre les préjugés de son temps et cherchant à atteindre, à travers l’écriture de soi, la compréhension et la clé de l’univers.


Les années 1920-1928 sont celles de la rencontre avec l’écrivain Paul Valéry et de la relation intime qui unit, pendant près de huit ans, ces deux esprits supérieurs dans lesquels chacun reconnut, plus encore que l’égal de l’autre, son “double”. Confrontée aux progrès de sa maladie, et de plus en plus hantée par la mort, “Karin” se lance à corps perdu dans l’étude des sciences, de la philosophie et de l’ésotérisme, tandis qu’à ses yeux son amant, son “cœur-esprit”, qui court de salon en salon, en quête de légitimité institutionnelle, la délaisse et ne se montre pas à la hauteur du rêve de fusion amoureuse qu’elle nourrit, s’autorisant même à puiser son inspiration dans ses propres écrits. Histoire d’un désenchantement lucide, le Journal de Catherine Pozzi est tout autant une œuvre de résilience, une tentative unique de transcendance par l’écriture des liens profonds unissant “le corps, l’âme et l’esprit”.

Préface de Hélène Maurel-Indart

A écouter sur France culture, l’émission du 23 décembre 2019 de Matthieu Garrigou-Lagrange, La Compagnie des oeuvres, consacrée aux huit années du Journal de Catherine Pozzi et à sa relation d’amour et d’écriture avec Paul Valéry : j’y retrace le parcours de cette écrivaine et j’évoque les liens créatifs qui l’unissaient à son amant, tout en soulevant les questions de plagiat, de trahison, mais aussi de reconnaissance dans l’histoire littéraire. 

Il ne fut jamais mon maître. Il fut mon frère, mon pareil, ma tendresse très pure. Ce n’est pas la même chose. 

Catherine Pozzi à propos de Paul Valéry

Cette émission fait suite à la publication de Femmes artistes et écrivaines dans l’ombre des grands hommes aux Classiques Garnier, les pages 99 à 108 étant consacrées à « Catherine Pozzi, la muse trahie de Paul Valéry« .