Le Démon de la catégorie

Clin d’oeil à un autre titre d’ouvrage consacré à la théorie littéraire, Le Démon de la catégorie (éditions mare & martin, 2017) fait un retour critique sur « la qualification du droit en littérature ». A la croisée du littéraire et du juridique, cet ouvrage collectif dirigé par Anna Arzoumanov, Arnaud Latil et Judith Sarfati Lanter convoque une pluralité de voix pour harmoniser, dans toutes leurs nuances, les pratiques et la terminologie en matière de propriété littéraire, contrefaçon et droit d’auteur, mais aussi de censure.

La qualification des faits est déjà une manière de les apprécier dans leur essence en fonction d’un contexte, d’un usage ou d’une règle existante. Plus largement, la qualification juridique est intrinsèquement liée à un système dont la cohérence est quelquefois discutable. Effectivement, ce système qui forme l’appareil juridique est non seulement le résultat d’une certaine philosophie du droit mais aussi d’une multitude de cas particuliers qui font la réalité de la vie, et ici en particulier, de la vie littéraire : « L’ensemble des contributions présentées contribuent à nourrir ces réflexions avec cette ‘énergie positive’ qui caractérise, selon Goethe, le démoniaque. » (p. 19)

Que sont les littéraires devenus ?

Les universitaires sont les mieux placés pour donner l’exemple – c’est leur mission de service public après tout – , pour prôner les valeurs humanistes, promouvoir le savoir, favoriser le progrès des connaissances. Mais telle est la nature humaine : on trouve aussi parmi eux des maraudeurs, des contrefacteurs, bref, des auteurs de plagiats, pas subtils du tout même, bruts de décoffrage.

Pas les littéraires, quand même, les accrocs du chef d’oeuvre, les spécialistes ès style, les sondeurs d’originalité ! las…

Deux chercheurs en littérature, de deux universités différentes, viennent d’être condamnés pour contrefaçon. L’une pour sa biographie sur le poète Armand Robin publiée aux Editions Aden ; elle fait appel. On attend donc dans quelques mois le dénouement.

L’autre, pour un ouvrage publié aux Presses Universitaires de France, intitulé Littératures du Moyen Age. Là, l’affaire est réglée : sa collègue plagiée de l’Université de Bordeaux a obtenu gain de cause, aussi bien en première instance qu’en appel. La cour d’appel de Bordeaux a confirmé sa décision dans un arrêt de 10 juin dernier : des « membres de phrases identiques s’intègrent dans les mêmes démonstrations et sont parfois illustrés des mêmes références », et « une telle similitude renouvelée ne peut résulter exclusivement du caractère courant du vocabulaire employé ou d’un champ lexical incontournable mais implique une reprise volontaire par Madame… ». Quant à l’oeuvre de la plagiée, deux fascicules de 98 et 57 pages chacun, mis en ligne par l’université de Bordeaux à destination des étudiants inscrits au Service de la Formation à Distance, les juges ont bien reconnu son originalité : « une étude personnelle approfondie, créatrice d’oeuvre ». Hommage à l’auteur…

Voilà un signal d’alarme fort pour les universitaires. Un rappel, en fait, mais bien utile : les cours, pour peu qu’ils portent l’empreinte de la personnalité de l’enseignant, sont protégés au titre du droit d’auteur.