Plagiat, la saga de l’été

Episode 3 : Autant en emporte le vent contre La Bicyclette bleue

Le feuilleton de l’été se poursuite dans les pages « Livres » du journal Le Monde, avec cette fois-ci un zoom sur Léa, la double bordelaise de la Scarlett de Louisiane : comment Régine Deforges a pu gagner son procès contre les ayants droit de Margaret Mitchell, alors même que les deux romans français et américain ne semblent que deux versions d’une même histoire ? Changement de contexte, opposent les juges, approche plus aventurière, avancent-ils étonnamment. Tel est le verdict.

A lire dans le Monde du vendredi 30 juillet 2021.

J’en profite pour remercier les illustrateurs ALE+ALE, pseudo d’Alessandro Lecis et d’Alessandra Panzeri, qui accompagnent avec un humour haut en couleurs ces histoires pas si drôles de plagiat…

Pozzi et Valéry, huit années d’écriture à deux têtes

“De l’ovaire à l’Absolu”. Tel est le titre que Catherine Pozzi (1882-1934) inscrivit dans ses premiers carnets, comme pour témoigner de la dimension à la fois charnelle et spirituelle qu’elle entendait donner au journal qu’elle allait tenir plus de quarante années durant. Loin de se contenter d’y consigner ses faits et gestes, qui sont ceux de la vie d’une femme de lettres de son époque évoluant dans l’ombre des écrivains en vue, elle y dévoile dans toute son intensité la vie intérieure d’une personnalité hors du commun, celle d’une femme rebelle, orgueilleuse et déterminée en lutte contre les préjugés de son temps et cherchant à atteindre, à travers l’écriture de soi, la compréhension et la clé de l’univers.


Les années 1920-1928 sont celles de la rencontre avec l’écrivain Paul Valéry et de la relation intime qui unit, pendant près de huit ans, ces deux esprits supérieurs dans lesquels chacun reconnut, plus encore que l’égal de l’autre, son “double”. Confrontée aux progrès de sa maladie, et de plus en plus hantée par la mort, “Karin” se lance à corps perdu dans l’étude des sciences, de la philosophie et de l’ésotérisme, tandis qu’à ses yeux son amant, son “cœur-esprit”, qui court de salon en salon, en quête de légitimité institutionnelle, la délaisse et ne se montre pas à la hauteur du rêve de fusion amoureuse qu’elle nourrit, s’autorisant même à puiser son inspiration dans ses propres écrits. Histoire d’un désenchantement lucide, le Journal de Catherine Pozzi est tout autant une œuvre de résilience, une tentative unique de transcendance par l’écriture des liens profonds unissant “le corps, l’âme et l’esprit”.

Préface de Hélène Maurel-Indart

A écouter sur France culture, l’émission du 23 décembre 2019 de Matthieu Garrigou-Lagrange, La Compagnie des oeuvres, consacrée aux huit années du Journal de Catherine Pozzi et à sa relation d’amour et d’écriture avec Paul Valéry : j’y retrace le parcours de cette écrivaine et j’évoque les liens créatifs qui l’unissaient à son amant, tout en soulevant les questions de plagiat, de trahison, mais aussi de reconnaissance dans l’histoire littéraire. 

Il ne fut jamais mon maître. Il fut mon frère, mon pareil, ma tendresse très pure. Ce n’est pas la même chose. 

Catherine Pozzi à propos de Paul Valéry

Cette émission fait suite à la publication de Femmes artistes et écrivaines dans l’ombre des grands hommes aux Classiques Garnier, les pages 99 à 108 étant consacrées à « Catherine Pozzi, la muse trahie de Paul Valéry« .

TROYAT, Henri, plagiaire

« Le plagiat, une impunité française » (2/6). Le célèbre académicien est condamné en appel pour contrefaçon en 2003. A défaut d’autres conséquences, l’affaire jette le trouble sur l’œuvre de cet auteur prolifique, quatre ans avant sa mort. »

Nicolas WEILL, Le Monde des livres, 23 juillet 2021

Epoustouflante locomotive éditoriale, Henri Troyat aura chuté en fin de course, selon sa vision prémonitoire dans le très beau roman qu’il consacra en 1942 à un écrivain plagiaire intitulé Le Mort saisit le vif.

Dans le feuilleton que Le Monde des livres consacre cet été aux plagiaires, Nicolas Weill raconte cette semaine l’itinéraire d’un polygraphe effréné, qui commence sa carrière en 1938 par un Goncourt, L’Araigne : c’est l’histoire d’un homme… dont le seul recours final contre l’horreur d’une existence torturée est le mensonge au service de la manipulation… Fiction ou réalité ?

A lire, l’article de Nicolas Weill: « Henri Troyat, la hantise du faux-semblant »

Des livres…

Le plagiat, une impunité française

Cet été, Le Monde des livres propose six épisodes sur le plagiat littéraire : le 16 juillet inaugure la série avec une mise en contexte de cette pratique tantôt ludique, tantôt fautive voire délictuelle :

D’Ésope à La Fontaine, en passant par Horace, le geai paré des plumes du paon subissait l’opprobre et s’en trouvait « bafoué, berné, sifflé, moqué, joué », comme dit le fabuliste. Aujourd’hui, cette morale ne vaut plus : les plagiaires démasqués, déplumés, se parent glorieusement des « dépouilles d’autrui » et les rois nus se portent bien.

Que s’est-il passé pour qu’un tel changement de perspective soit devenu possible ?

Lire l’article complet : Hélène MAUREL, « Honneur aux plagiaires », Le Monde, vendredi 16 juillet 2021, p. 25-26.