TROYAT, Henri, plagiaire

« Le plagiat, une impunité française » (2/6). Le célèbre académicien est condamné en appel pour contrefaçon en 2003. A défaut d’autres conséquences, l’affaire jette le trouble sur l’œuvre de cet auteur prolifique, quatre ans avant sa mort. »

Nicolas WEILL, Le Monde des livres, 23 juillet 2021

Epoustouflante locomotive éditoriale, Henri Troyat aura chuté en fin de course, selon sa vision prémonitoire dans le très beau roman qu’il consacra en 1942 à un écrivain plagiaire intitulé Le Mort saisit le vif.

Dans le feuilleton que Le Monde des livres consacre cet été aux plagiaires, Nicolas Weill raconte cette semaine l’itinéraire d’un polygraphe effréné, qui commence sa carrière en 1938 par un Goncourt, L’Araigne : c’est l’histoire d’un homme… dont le seul recours final contre l’horreur d’une existence torturée est le mensonge au service de la manipulation… Fiction ou réalité ?

A lire, l’article de Nicolas Weill: « Henri Troyat, la hantise du faux-semblant »

Des livres…

Le plagiat, une impunité française

Cet été, Le Monde des livres propose six épisodes sur le plagiat littéraire : le 16 juillet inaugure la série avec une mise en contexte de cette pratique tantôt ludique, tantôt fautive voire délictuelle :

D’Ésope à La Fontaine, en passant par Horace, le geai paré des plumes du paon subissait l’opprobre et s’en trouvait « bafoué, berné, sifflé, moqué, joué », comme dit le fabuliste. Aujourd’hui, cette morale ne vaut plus : les plagiaires démasqués, déplumés, se parent glorieusement des « dépouilles d’autrui » et les rois nus se portent bien.

Que s’est-il passé pour qu’un tel changement de perspective soit devenu possible ?

Lire l’article complet : Hélène MAUREL, « Honneur aux plagiaires », Le Monde, vendredi 16 juillet 2021, p. 25-26.

L’université française et la tentation du plagiat

Cinquante minutes pour comprendre pourquoi l’Université française est confrontée aux pratiques du plagiat, au détriment de la recherche et de la connaissance. Dans son émission LSD, La série documentaire, Perrine Kervran donne la parole à des universitaires et à une avocate de droit d’auteur. Il en ressort des vérités éclairantes sur certaines pratiques frauduleuses de chercheurs.

Certaines de ces vérités méritent d’être rappelées ici même :

*qu’il est illusoire de s’en remettre aux logiciels de détection de similitudes – dits « anti-plagiat » – pour lutter contre la fraude,

*que le classement de Shanghai a favorisé la multiplication des copiés-collés frauduleux,

*que la LPPR (loi de programmation pluriannuelle de la recherche) va accentuer la dégradation de la recherche par la précarisation et la mise en concurrence de chercheurs acculés à des résultats à court terme. Cette loi fait le nid des futurs plagiaires (voir Le Journal des sciences du 10-11-2020).

Etudiants, doctorants, c’est pour vous !

Radio Campus Tours rediffuse une émission destinée à éclairer les étudiants sur les risques de plagiat, les bonnes pratiques de référencement bibliographique, de citations et d’indication des sources dans les mémoires et les thèses.

Questions concrètes, exemples, conseils… J’essaie pendant cette petite heure radiophonique de répondre aux interrogations sur l’éthique de la recherche et l’intégrité scientifique.

Une jurisprudence constante sur la protection des travaux universitaires

La Cour de Cassation a confirmé ce 20 mai 2020 l’arrêt de la cour d’appel de Paris du 27 mars 2018 (voir notre actualité du 20 juillet 2018) qui avait lui-même confirmé le jugement du TGI de Paris du 12 mai 2016. Trois décisions concordantes rappellent en réalité une jurisprudence bien établie concernant d’une part le droit de divulgation et d’autre part la protection d’une œuvre originale. Il s’agissait en l’occurrence d’une thèse d’habilitation d’une chercheuse qui n’avait pas encore souhaité publier son travail : « cette liberté d’amélioration de son travail par l’auteure devant être prise en considération dans l’appréciation des droits en balance, pour les raisons scientifiques mêmes qui sont mises en avant par l’appelant », à savoir la liberté d’expression et de recherche scientifique qui risqueraient d’être remises en cause par la divulgation prématurée par un autre que son auteure.

Concernant ce droit de divulgation, la soutenance publique d’une thèse ne vaut pas divulgation, ni sa communication sous forme de manuscrit dans des dossiers de candidatures à l’Université, ni même les conférences qui en évoquent le contenu. La protection des travaux de recherche avant publication est donc assurée juridiquement. En conséquence, « la reprise même très partielle du mémoire de Mme Durand ou la citation de ce mémoire et du nom de son auteure en notes de bas de page dans l’ouvrage [incriminé] constituent une violation du droit de divulgation dont bénéficie l’auteur, qui seul peut choisir l’opportunité, le moment et les modalités de la publication de son œuvre ».

Concernant le caractère original et protégeable de la thèse d’habilitation partiellement contrefaite, la Cour de Cassation suit le TGI et la cour d’appel : l’œuvre incriminée reprend des passages du mémoire d’habilitation « sans nécessité », quelquefois même « sans citer ni même faire référence à son auteur ». Ces reprises sont donc contrefaisantes.

On retiendra dans cette affaire le caractère confidentiel des documents communiqués aux instances universitaires et en particulier au membres du CNU pour l’examen de candidatures à la qualification ou à la promotion par exemple. De même, les communications de travaux en cours lors de colloques ne peuvent valoir divulgation ; leurs auteurs sont donc protégés contre toute forme d’appropriation illicite et laisse à la recherche le temps de la maturation et de l’amélioration.