Le plagiat : une forme de suicide à la française

A visionner : la vidéo du journaliste Jean Robin qui explore une variante de la « déconstruction française ».

« Où l’on voit toute la culture d’un pays (…) mise au service de sa propre destruction », E. Zemmour dixit : on ne saurait mieux dire. Jean Robin avait monté un dossier complet sur le cas de Thierry Ardisson et il annonce son projet d’identifier des emprunts aussi massifs dans le cas de Suicide français. Pour l’instant, parmi les sources non signalées de Zemmour, David Cascaro, parle plutôt de manquement à la déontologie que de plagiat. A suivre donc…

Propriété intellectuelle : Quatrièmes rencontres lorraines

Ce ne sera pas un débat hors sol : vue la dernière actualité, toute récente, sur le plagiat, le colloque du 8 décembre à Nancy est attendu. Sébastien Evrard et Jean-Luc Piotraut en sont les organisateurs. On y fera le point sur « Les mutations de l’édition du droit et de l’économie », avec des interventions sur le scandale des thèses de droit plagiées en Allemagne, sur le modèle économique de l’édition et les nouveaux enjeux liés au numérique, sur l’adaptation du contrat d’édition au numérique. Et bien d’autres sujets cruciaux… Voir le programme sur le site de l’Université de Lorraine.

J’interviendrai moi-même sur « La culture numérisée : un progrès qui a son prix ». Petite mise en bouche :

« Le principe de l’accès du plus grand nombre à la culture, au savoir, ne peut que faire l’unanimité. L’élévation du niveau d’instruction de l’ensemble des citoyens, favorisée par la numérisation de l’information et par sa mise en ligne sur le net, à prix réduit ou nul, ne peut que soulever l’enthousiasme au nom d’une démocratisation des connaissances, mais aussi du divertissement. Le téléchargement d’un film, la consultation libre d’une encyclopédie en ligne, la lecture sur écran d’un livre, le visionnage gratuit ou, à tarif réduit, d’un spectacle, d’un opéra ou d’un concert sur un site Internet, sont devenus des pratiques courantes qui défient les modèles économiques traditionnels, en supprimant, totalement ou en partie, les barrières de contrôle que sont l’éditeur ou le producteur, intéressés à une diffusion réglementée et payante et, par là même, intermédiaires entre le créateur et son public de récepteurs.

Le contournement des intermédiaires a presque toujours la faveur du consommateur qui considère prioritairement la réduction du coût du produit, quelle qu’en soit sa nature. De ce point de vue, la proportion du gain réservé à l’auteur, dans la répartition du produit de la vente d’un livre, paraît excessivement dérisoire. 10 % en moyenne, alors même qu’il est la source et la condition sine qua non de toute la chaîne du livre. Or, sans créateur, point de métiers de la fabrication du livre, point d’éditeur, de diffuseur, de distributeur, point de libraire. D’aucuns penseraient même un peu grossièrement que toute cette industrie quelquefois lucrative se fait « sur le dos » du créateur, maillon premier d’une chaîne oublieuse et ingrate.

Le numérique – avec les nouveaux moyens de diffusion qu’il permet – est une révolution au sens propre, puisqu’il entraîne un changement de perspective, un repositionnement du créateur dans son rapport au récepteur de son œuvre, a priori plus en contact avec son public. Cependant, les changements opérés sont d’une complexité plus grande qu’on ne l’imaginerait spontanément et il n’est pas dit que l’auteur soit le bénéficiaire d’un tel bouleversement, ni même, à long terme, le consommateur de produits culturels. »

Au 8 décembre, à l’Université de Lorraine, Faculté de Droit, Sciences Economiques et Gestion de Nancy, 13 place Carnot, Amphi AR06 au RDC.

Le nouveau grand rabbin de France pas si nouveau

Lors de l’affaire de plagiat et d’usurpation du titre d’agrégé de philosophie qui avait touché en avril 2013 le grand rabbin de France, notre article du Monde « Les nouveaux faussaires  » se terminait volontairement sur une note un peu légère, une chanson à peine parodiée de Brassens. Car les enjeux étaient terriblement lourds et l’homme fautif, blessé au plus profond de lui-même par ses propres égarements.

Mais quelle chanson tiendrait dans ce nouveau contexte où, dans un article intitulé « Le nouveau grand rabbin de France adepte du copier-coller », un journaliste de Médiapart juxtapose des pages, des paragraphes entiers d’ouvrages du nouvel élu Haïm Korsia, si semblables à des écrits d’autres auteurs. La démonstration s’appuie sur un travail comparatif impressionnant.

Le plagiat est-il banalisé au point qu’il figure comme une pratique usuelle, quasi légitime, faisant du livre un objet de promotion dont seul le renouvellement de l’emballage justifie la publication ?

 

Que sont les littéraires devenus ?

Les universitaires sont les mieux placés pour donner l’exemple  – c’est leur mission de service public après tout – , pour prôner les valeurs humanistes, promouvoir le savoir, favoriser le progrès des connaissances. Mais telle est la nature humaine : on trouve aussi parmi eux des maraudeurs, des contrefacteurs, bref, des auteurs de plagiats, pas subtils du tout même, bruts de décoffrage.

Pas les littéraires, quand même, les accrocs du chef d’oeuvre, les spécialistes ès style, les sondeurs d’originalité ! las…

Deux chercheurs en littérature, de deux universités différentes, viennent d’être condamnés pour contrefaçon. L’une pour sa biographie sur le poète Armand Robin publiée aux Editions Aden ; elle fait appel. On attend donc dans quelques mois le dénouement.

L’autre, pour un ouvrage publié aux Presses Universitaires de France, intitulé Littératures du Moyen Age. Là, l’affaire est réglée : sa collègue plagiée de l’Université de Bordeaux a obtenu gain de cause, aussi bien en première instance qu’en appel. La cour d’appel de Bordeaux a confirmé sa décision dans un arrêt de 10 juin dernier : des « membres de phrases identiques s’intègrent dans les mêmes démonstrations et sont parfois illustrés des mêmes références », et « une telle similitude renouvelée ne peut résulter exclusivement du caractère courant du vocabulaire employé ou d’un champ lexical incontournable mais implique une reprise volontaire par Madame… ». Quant à l’oeuvre de la plagiée, deux fascicules de 98 et 57 pages chacun, mis en ligne par l’université de Bordeaux à destination des étudiants inscrits au Service de la Formation à Distance, les juges ont bien reconnu son originalité : « une étude personnelle approfondie, créatrice d’oeuvre ». Hommage à l’auteur…

Voilà un signal d’alarme fort pour les universitaires. Un rappel, en fait, mais bien utile : les cours, pour peu qu’ils portent l’empreinte de la personnalité de l’enseignant, sont protégés au titre du droit d’auteur.

Une éthique de façade

Le plagiat s’affiche toujours masqué, drapé de dignes atours. Le geai, ou la corneille selon la fable, n’en a pas fini de plumer le paon et de se parer des meilleures intentions.

Le colloque du 20 mai intitulé « Approche éthique du plagiat » se tiendra à l’Université Paris 8 sous l’égide du comité d’éthique de cette même université. Alain Quemin, professeur de sociologie de l’Art et membre honoraire de l’Institut universitaire de France avait eu l’initiative de ce comité d’éthique dans l’espoir que soient enfin traités les dossiers de plagiats en souffrance. Mais il vient de se résigner à en démissionner lorsqu’il a constaté que le colloque du 20 mai « visait seulement à enterrer définitivement des cas restés impunis en brassant beaucoup d’air sur des notions abstraites mais en évitant soigneusement de traiter des cas concrets, contrairement aux engagements pris à sa création ».

Le détail de cette succession de capitulations face au plagiat, ainsi dénoncée par celui qui croyait à la possibilité d’une éthique en matière de recherche au sein de son université, est rigoureusement expliqué sur le blog Archéologie du copier-coller : « Aussi difficile que ce soit à croire, il y a parmi ces collègues associés à la préparation du colloque Approche éthique du plagiat un directeur d’école doctorale plagiaire (accessoirement membre du CNU de la 71e section) et des collègues qui au titre même de leurs fonctions de directeurs d’écoles doctorales ont dans le cadre d’une Commission déontologie « expertisé » et validé une thèse à près de 100% plagiaire ».

Plusieurs universitaires ont décliné l’invitation à ce colloque dont la visée est plus que douteuse.